Lettre à l’enfant que j’ai tué

Salut Charlie,

C’est la première fois que je prends un crayon pour t’écrire. Depuis 1 mois, j’ai l’impression d’être dans un tourbillon d’émotion et de ne pas savoir comment les contrôler. Le 15 avril dernier, c’est là que j’ai appris que tu grandissais dans mon ventre. Tu avais 9 semaines. Wow! J’étais à la fois la femme la plus heureuse sur terre d’avoir réussi à concevoir un enfant, quel miracle! Mais aussi la personne la plus triste, car je savais bien que la grossesse ne serait pas sans risque pour nous deux. Étant atteinte de spina bifida , avoir un enfant devenait un combat entre la vie et la mort.

Quand je l’ai annoncé à ton papa, il s’est mis à pleurer tout de suite. Si tu savais à quel point il était fier. Je crois que je ne l’avais pas vu pleurer de joie avant ça. J’aurais tellement aimé que tu fasses sa rencontre pour que tu puisses voir à quel point c’est un homme extraordinaire. J’ai beau chialer qu’il travaille comme un fou, je pense sincèrement qu’on va faire un bon bout de chemin ensemble. Il n’a pas manqué une seule chance qu’on avait de te voir la binette, Charlie. J’étais déjà amoureuse de ton papa, mais ce qui m’a rendue encore plus amoureuse, C’est quand nous avions nos petits moments tous les trois ensemble, couchés sur le lit et qu’il se mettait à te parler et à te donner plein de bisous. Alors là, j’ai su que c’était l’homme et le papa parfait.

Il y a également eu ma tante, qui est très importante dans ma vie. Ça été une des premières personnes à qui je l’ai appris, car c’est une personne extrêmement calme et très à l’écoute, c’est ce dont j’avais besoin et elle a tellement bien fait sa job. Je lui en serai reconnaissante pour le restant de ma vie. Puis il y a eu notre amie Alex. Elle attendait sa petite puce quelques mois avant ta venue au monde. Elle a toujours été présente dans nos vies pour me conseiller et lorsqu’est venue le temps de te laisser partir, elle était là à m’attendre, prête à m’écouter.

Bref, rentrons dans le vif du sujet, même après 1 mois, je suis en colère contre la vie. C’était une des première fois où j’étais confrontée à ma différence et cette fois-ci, personne ne pouvait l’accepter à ma place. J’aurais tellement voulu te prendre dans mes bras et te démontrer tout l’amour que j’ai pour toi. Je n’ai tellement pas pris la décision d’arrêter ma grossesse par manque d’amour pour toi. Je l’ai fait, car je trouvais qu’un bébé pas de maman, Ca ne se pouvait pas et à l’inverse, je n’aurais pas supporté de sortir de l’hôpital en sachant que je te laissais à l’hôpital dans un probable piteux état.

J’ai laissé du temps au temps. Puis, j’ai rencontré Marisol , une femme extraordinaire avec qui j’ai su être moi-même et laisser tombé mes barrières émotionnelles. Avec elle, j’ai réappris à vivre petit à petit. Contrairement à mes rencontres avec les psychologues où le dialogue était de mise, ici les actions étaient primordiales pour me faire avancer. Elle n’a pas pris 60 chemins pour dire ce qu’il y avait à dire et c’est ce dont j’avais besoin. Je devais avancer, c’était obligatoire. Ça fait trois mois aujourd’hui que j’ai commencé à être suivi en PNL et je commence à comprendre que je ne t’ai pas tué, mais je me suis sauver la vie. Merci coach de m’avoir aidé à me sauver la vie.

Je t’aime profondément Charlie, mon bébé ange d’amour, n’en doute jamais.

Maman xxx

Frédérique Cloutier Fecteau
Allo 🙂 je m’appelle Frédérique, j’suis une jeune femme (tu t’en doutais pas hein?) de 22 ans. Professionnellement, je suis une agente de liaison et une adjointe virtuelle tellement différente ;). Pourquoi tellement différente? Parce que c’est ce que je suis, vraiment. Je suis née avec un handicap physique. J’ai du apprendre à vivre très jeune avec le jugement et le regard des autres. Ça m’a longtemps déranger d’être différente, parce que justement j’accordais beaucoup d’importance à ce que tout le monde pense. Jusqu’à ce que je fasse une dépression (sérieux, plus belle chose de ma vie !!! No Joke !) Aujourd’hui, je suis fière de prôner que je suis différente, parce que être différente c’est la vie.

2 Comments

  1. Karine

    29 septembre 2017 at 7 h 18 min

    WoW!! C’est tellement bien écrit. On ressent vraiment l’émotion qui t’habite. Je suis touchée par ton vécue. Continue d’avancer, de sourire à la vie, pleure s’il le faut,, mais continue de croire en toi. Tu es différente comme les autres. Nous sommes tous différent. La différence c’est plus pareil que l’on croit.

    • Frédérique Cloutier-Fecteau

      15 octobre 2017 at 21 h 48 min

      Merci infiniment Karine ! Tes mots me touchent xx

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *