Belle-mère : l’autre visage de la parentalité

L’autre fois mon amie Brigitte s’arrachait les cheveux en me contant combien l’apprentissage du métier de belle-mère est difficile.  On peut être la super Maman de nos propres enfants, mais aborder cette autre forme de parentalité qu’est le statut de belle-mère peut s’avérer aussi simple que décider d’escalader l’Everest!

C’est une chose de prendre Chéri avec tous les petits wagons accrochés à lui ; une autre de vivre cette aventure sereinement, surtout si les enfants issus d’une autre relation décident du contraire.

C’est le cas de Brigitte.

 

Quand l’amour vient avec une famille…

Lorsqu’elle a rencontré son chum, il était divorcé depuis deux ans et avait une petite fille, qui semblait sur le papier aussi douce qu’un ange, et si bien élevée qu’elle pourrait souper avec la Reine d’Angleterre sans froisser l’étiquette royale. Malheureusement, Alice avait décidé, du haut de ses huit ans, qu’elle ne voulait pas d’une belle-mère et s’est vite transformée en petite entité perturbatrice avec un goût prononcé pour les critiques permanentes envers la nouvelle conjointe de son père.

« Du temps, voilà ce qu’il faut » : voici en résumé ce que Chéri disait à Brigitte, pris entre l’impuissance de sa conjointe et l’évidente mauvaise volonté de sa fille de tisser des liens entre elles.

Après des semaines de remises en question, d’efforts dénués de succès pour plaire à sa belle-fille, c’est une Brigitte effondrée et épuisée que j’ai retrouvée autour d’un verre (bien mérité) : selon elle, elle avait « failli » à sa mission de belle-mère puisque la tendre Alice la rejetait.

Elle a vidé son sac, pleuré sur le fait qu’elle ne savait plus comment gérer la situation, son incompréhension face aux comportements de sa belle-fille, et sa peur que tout cela ne vienne perturber sa relation avec Chéri.

 

Être belle-mère égale amour inconditionnel?

Après avoir écouté Brigitte avec empathie et affection, je me suis permis de lui donner quelques conseils, étant moi-même enfant de divorcés et l’heureuse belle-mère d’un gars aujourd’hui âgé de dix-sept ans.

D’abord, les beaux-parents ont souvent tendance à se mettre beaucoup (trop) de pression, fixant la barre très haut parce qu’il « faut » réussir à se faire aimer des enfants de son conjoint. S’il est important pour le couple que l’harmonie règne dans la famille recomposée, il faut également accepter de s’adapter face à des enfants réticents.

Pourquoi d’ailleurs vouloir à tout prix se faire aimer ? Les enfants ont bien le droit de décider s’ils vont ou pas aimer leur belle-mère. Peut-on aussi finalement se donner le droit de ne pas aimer inconditionnellement ses beaux-enfants et accepter d’instaurer simplement des rapports cordiaux et respectueux ?

Pourquoi devrait-on culpabiliser de ne pas ressentir de l’amour filial pour un enfant qui était jusqu’alors inconnu ? D’ailleurs, est-ce vraiment la vraie question de tout cela ? La relation affective avec les enfants de Chéri se construit pas à pas, et il faut parfois des années pour parvenir à un équilibre. Parfois on y arrive, parfois pas.

 

Quand se respecter signifie mettre ses limites!

Accepter de revoir son ambition, et considérer qu’aucune baguette magique ne nous transformera en belle-mère idéale constitue une première étape visant à diminuer le stress et regonfler l’estime de soi. Si un enfant décide de ne pas accepter sa belle-mère, il faut tolérer cette décision avec humilité, même si elle est vécue comme injuste. Un jour, peut-être, une Alice plus mûre et plus sécurisée saura apprécier à juste titre sa belle-mère.

Ensuite, il est essentiel de se respecter, tout comme se faire respecter, et imposer les limites de ce qui est acceptable ou pas. Certains comportements ne pourront pas être tolérés, et le couple devra travailler ensemble à faire en sorte que les enfants le comprennent bien. Ceux-ci vont en effet avoir tendance à tester ces limites, d’où l’importance de se montrer unis et déterminés pour les faire respecter dans l’intérêt  et le bien-être de tous.

Enfin, devenir belle-mère peut ne pas être compliqué pour les chanceuses qui se retrouvent dans une dynamique familiale favorable. Des expériences réussies, ça existe. Tous les enfants du divorce ne sont pas nécessairement hostiles à leurs beaux-parents. Ils peuvent les voir comme des confidents, des alliés, des amis ou carrément comme un deuxième père ou une deuxième mère.

À partir du moment où l’on ne se perd pas dans l’organisation de la nouvelle structure familiale qu’est une famille recomposée, qu’on se montre indulgentes envers nous-mêmes, qu’on reste ouvertes aux enfants du conjoint tout en balisant notre rôle, nos devoirs et les leurs, il est fort à parier que tôt ou tard, le dialogue se noue pour enfin parvenir à vivre au pluriel et heureux une fin de semaine sur deux.

 

Sylvie Coulet est diplômée en psychologie et en administration, passionnée d’écriture, maman comblée de 3 enfants, elle vit à Montréal. Coach pour les proches aidants d’ainés, consultante en santé organisationnelle, Sylvie est également auteure avec un premier livre publié au Québec au printemps 2017, « La mauvaise herbe » (éd. L’Apothéose). Le thème abordé dans le roman est relatif au divorce, au travers de la souffrance d’une fillette de douze ans se donnant pour mission de sauver sa famille de ce qu’elle considère être le chaos. Le livre pose la question suivante : quelle part de monstruosité y a-t-il en chacun de nous ?

Site web : www.lamauvaiseherbe.ca
Facebook : https://www.facebook.com/sylviecouletauteure/

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