Le doigt magique de l’enfant ninja

 

 

«  Des fois, je me demande vraiment comment un si petit être peut me faire sortir de mes gongs de cette façon et mettre à nue le plus laid de moi… Personne n’avait pu faire ça auparavant! »

 

Pour toi, petite tempête…

Je me vois encore, assise dans cette belle chambre peinturée de rose. Cette chambre parfaite que nous avions préparée depuis plusieurs mois. J’y étais, assise sur la chaise berçante que j’avais payée beaucoup trop cher avec ma grosse bedaine qui était sur le point d’exploser. Je regardais tous ces objets, tous ces vêtements qui n’attendaient que d’être utilisés. Je me berçais, en imaginant ce que serait ma nouvelle vie, comme si ce nouveau commencement était l’occasion de tout changer, de devenir une version améliorée de moi-même. J’imaginais celle que je serais, j’étais prête à changer le monde. Je t’aimais déjà, du plus profond de mon être. Je ne savais pas encore qu’il était possible d’aimer plus, que l’amour allait grandir à l’infini. J’ignorais encore à quel point tu allais bouleverser ma vie, dans tous les sens du terme. Mais je te promettais déjà d’être la meilleure maman du monde.

Tu es arrivée comme une petite tempête.

Une tempête qui brassait tout mon être! Bien malgré moi, ce remue-ménage mettait en lumière des démons cachés depuis bien longtemps, faisait ressortir des parties de moi inconnues jusque là et me mettait complètement et entièrement hors de ma zone de confort. Parfois, j’avais l’impression d’être une nouvelle personne, mais dans le mauvais sens du terme… J’avais l’impression qu’auparavant,  j’étais plus patiente… que j’avais une maitrise parfaite de mes émotions  (Yeah, right!)…

Malgré la tempête, j’avais le sentiment que ma vie avait maintenant une valeur inestimable. Parce que dorénavant, un autre être humain dépendait de moi.  C’est drôle à dire, comme si avant toi je n’avais pas la même importance.  Comme si toi, tu méritais le meilleur de l’univers et que moi, j’étais celle qui devait te l’offrir sans déroger.

Ça fait beaucoup de pression ça.

Mais depuis que tu es là, je donne tout ce que j’ai, je te jure! Mais j’ai dû me rendre à l’évidence…

J’ai constaté, avec beaucoup de difficulté, que ce n’était pas possible de t’offrir une vie « parfaite ». Que ça ne se peut pas d’installer son bébé dans un lit de ouate et de l’y couvé jusqu’à l’âge adulte. Je dis ça en connaissance de cause, crois moi, j’ai tout essayé!

Ce soir, assise au pied de ton lit, dans ta belle chambre rose, je te regarde dormir. Tu es si belle. Aujourd’hui, j’ai failli à ma promesse d’être la meilleure maman du monde, encore (ben oui!).  J’ai perdu patience. J’ai crié. Je n’ai pas ménagé mes mots… J’étais à bout de nerfs. Toi, tu n’as fait que mettre ton petit doigt de ninja si habile à la bonne place, et boum, l’explosion est arrivée. Des fois, je me demande vraiment comment un si petit être peut me faire sortir de mes gongs de cette façon et mettre à nue le plus laid de moi. Personne n’avait pu faire ça auparavant!

Mais je sais bien qu’en réalité, tu n’es pas responsable de ça… ton petit doigt a beau avoir un radar digne des meilleurs avions de chasse, ce n’est que l’élément déclencheur…

J’ai lancé sur toi tout le stress, toute la peur que je porte ces temps-ci. Je ne suis pas fière. Ça ne t’appartenait pas tout ça…

À certains moments ça me serre en dedans tellement je ne me sens pas à la hauteur de la vie.  Je me dis que de conduire un autre être humain vers l’autonomie et idéalement vers le bonheur est une tâche si grande, c’est bien plus grand que moi… Avant ton arrivée, je trouvais ça merveilleux, vraiment! Après une journée comme aujourd’hui, je trouve le défi immense et tellement risqué!

Et puis, tu mérites juste le meilleur du monde.

Je te regarde dormir et je réalise que ça ne fait pas si longtemps que je suis maman, je n’ai pas tant d’expérience…  Quand tu es arrivée, je n’avais aucune idée de ce que cela impliquait. J’apprends en même temps que toi, tsé.

J’ai beau faire de mon mieux, souvent je me trompe, souvent ça ne sort pas comme je voudrais et d’après ce qu’on dit, il parait qu’on apprend beaucoup comme ça!

Quelqu’un m’a déjà dit que derrière chaque difficulté il y a un apprentissage. Je n’arrive pas à le trouver celui-là, j’y réfléchis, ça ne vient pas.

Ce soir, assise au pied de ton lit, mon esprit divague. Je me demande si vraiment, je suis trop « lousse » ou si au contraire je te permets de prendre confiance en toi en te laissant t’exprimer.

Peut-être que je suis en train de te « fucker »…  Ça se pourrait bien.

Peut-être que je me mets trop de pression?

Mettons que j’accepte qu’aujourd’hui je n’aie pas été à la hauteur?

C’est ça : « J’accepte que je ne suis pas une maman parfaite ». (Ga-donc!)

Boum.

Alors ce qu’il me reste à faire est de te demander pardon ma grande fille, aujourd’hui je n’ai pas été à la hauteur de mes promesses…

Et… si tu me le permets, j’ai envie de changer de promesse :

Je ne te promets plus d’être la meilleure maman du monde, ce n’est pas réaliste, et puis, je ne crois pas qu’elle existe cette meilleure maman…

Par contre je te promets de t’offrir le meilleur de moi, chaque jour. Et lorsque certains jours le meilleur de moi sera laid, je te promets de trouver la force de t’expliquer que tu n’as rien à voir là-dedans : ce n’est pas réel que ton petit doigt à lui seul peut déclencher quelque chose de si gros, et ça, ça m’appartient. Alors, je t’expliquerai que c’est sain d’être en colère, mais pas quand on la jette sur les autres. Que je dois apprendre à le faire comme il faut. Je te promets de m’occuper de mes émotions, afin que cela arrive le moins souvent possible. Et quand, malheureusement ça arrivera, je ferai de mon mieux pour qu’on apprenne toute les deux quelque chose de cela…

Et ça, je me rends compte que ça t’apportera plus d’outils pour la vie que le lit de ouate que j’imaginais.

Et demain matin, à ton réveil, je te promets de te raconter tout ça…

Je t’aime, à l’infini…

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *