Moi, version 2.0

« Le mode de vie que j’avais adopté, la pression que je me mettais, les millions de projets que j’accumulais ne me convenaient finalement pas. Mais qu’est-ce qui me convenait? Je n’en avais aucune idée. »

J’ai eu une maman superman. Une vraie super-maman, à qui il ne manquait qu’une cape. Elle faisait tout et elle était partout en même temps. Elle travaillait 6 jours par semaine dans un commerce dont elle était propriétaire avec mon père. Elle siégeait sur le conseil d’administration de la caisse de notre région et s’occupait d’une compagnie de développement avec sa sœur. À la maison, elle était cuisinière, ménagère,  professeure, chauffeuse de taxi, directrice des opérations et gestionnaire des finances. Elle était tout ça. Pour lui nommer un défaut, on pourrait dire qu’elle n’était pas très affectueuse. MAIS, elle prenait soin de choisir  des personnes qui savaient être cette partie de la maman qu’elle ne maîtrisait pas. Malgré son horaire plus que chargé, il y avait toujours une personne compétente et aimante pour s’occuper de nous. Ma mère, c’était superman.

Quand je suis à mon tour devenu maman, j’ai moi aussi voulu être à la hauteur. Il faut dire que quand on est la fille de superman, la barre est haute! J’étais performante et surchargée et je prenais en prime les responsabilités des autres en plus des miennes. Je me suis aussi assurée  de me mettre une pression supplémentaire en me promettant d’être la plus affectueuse du monde.

J’ai reproduit ce que j’avais connu en ajoutant en prime la correction des défauts que j’avais bien pu trouver à ma mère. OUFFF, tout un contrat!

Après à peine deux ans de ce mode de vie, avec deux magnifiques petites filles de 2 ans et de 6 mois,  j’étais épuisée, dépressive et triste. Moi qui faisais tout « ce qu’il fallait », j’étais confronté à un échec monumental. Je rêvais pourtant d’être maman, j’aimais mon travail et mon amoureux, mais où était le problème?

J’ai commencé à comprendre un jour où j’étais particulièrement irritable. J’avais besoin d’aller à la salle de bain, et j’avais besoin d’y aller, seule… (une mère peut-elle avoir un petit moment de solitude? Tsé!). Ma petite tempête de 2 ans ne pouvait alors pas être séparée de moi sans hurler et cela faisait naître en moi un sentiment de culpabilité énorme, à chaque fois. Mais ce jour-là, j’avais besoin de 5 minutes de paix. Elle s’est mise à hurler, je m’y attendais, mais cette fois-ci, elle s’est aussi mise à se frapper la tête… Oucth! Je pense que mon cœur s’est brisé. Je faisais tout pour être la meilleure maman du monde, et j’avais devant moi, mon enfant, ma petite fille, qui se frappait en hurlant. Ca été trop. Je devais aller chercher de l’aide, pour elle.

J’ai contacté ma thérapeute, je ne l’avais pas vu depuis plus d’un an. J’ai décidé de consulter pour aider ma fille, mais j’ai très vite réalisé que je devais commencer par moi. J’ai compris que mon désir d’être une maman parfaite était tellement fort qu’il était projeté sur mes enfants : une mère parfaite, à votre avis, ça fait quoi?

Eh oui, des enfants parfaits… Imaginez-vous la pression que cela peut mettre sur les épaules d’un enfant de 2 ans? « Je dois être parfait, sinon maman n’est pas bien ». Parce qu’à chaque fois qu’elle se mettait à pleurer, je ne voyais pas mon enfant qui avait de la peine, je voyais que je n’avais pas fait la bonne chose. Que je n’avais pas été à la hauteur!

Elle ne pouvait donc pas être elle-même, jamais.

Re-Oucth, et mon cœur qui re-brise.

Heureusement, la vie m’a donné une enfant qui n’acceptait pas cela. Elle aurait pu devenir une bonne petite fille qui répond bien à la consigne, mais elle tapait du pied en refusant de devenir ce qu’elle n’était pas. Et c’est ce qui a été à la source d’un long cheminement. (Merci petit ange!)

Ca été une constatation très douloureuse,  mais quelque chose a assurément changé dans mon énergie parce qu’à partir de ce jour, elle ne s’est plus frappée, et son comportement à commencé à changer, graduellement.

En reproduisant un modèle, je me suis éloignée de qui j’étais, moi, et je me suis même perdu.

Le problème, ce n’est pas de prendre exemple sur une personne que l’on admire, ou encore de se promettre de faire les choses complètement différemment. Le problème c’est de se créer une image de ce que l’on devrait être et de vivre en fonction de cela, sans respecter qui on est.

Le mode de vie que j’avais adopté, la pression que je me mettais, les millions de projets que j’accumulais ne me convenaient finalement pas.

Mais qu’est-ce qui me convenait?

Je n’en avais aucune idée.

Je suis tombé nez à nez avec le vide. Un immense vide de rien.  Je m’étais véhiculé dans la vie de cette façon depuis si longtemps, que je ne savais plus qui j’étais. Je ne pouvais pas dire ce dont j’avais envie, ce que j’aimais réellement, ce que j’avais envie de faire.

J’ai dû apprendre à respirer, à me détendre et à être patiente.

J’ai consulté, médité, pleuré, crié, parlé, jusqu’à ce que peu à peu, les réponses arrivent. J’ai pu découvrir à quel point je suis une personne douce et aimante. J’ai aussi découvert que je suis sensible, intuitive et que j’ai une capacité d’analyse très développée.

J’ai réalisé un jour que mon métier de gestionnaire ne me convenait plus et j’ai repris les études pour devenir thérapeute.

J’ai accepté de ne pas être une mère parfaite et étrangement, depuis ce jour, je suis une bien meilleure maman.

Je ne me sens plus coupable de prendre du temps pour moi (la plupart du temps!!)

J’ai compris que pour être une bonne maman, il faut d’abord être épanoui. Mettre son bonheur en priorité, ce n’est pas égoïste, au contraire. Une maman heureuse, habituellement, ça fait un couple heureux, et un couple heureux enseignera le bonheur à ses enfants.

Que ce soit en étant maman à la maison, en carburant à un million de projets ou en étant quelque part entre les deux, il n’y a pas de bonne réponse, l’essentiel est de trouver son propre équilibre.

Ma mère a été une super maman d’abord et avant tout parce qu’elle nous aimait. Elle nous a offert un cadre, une stabilité, une éducation. Nous n’avons jamais manqué de quoi que ce soit. C’est une femme d’action intelligente de qui j’ai beaucoup appris.

Pour ma part, je ne suis pas une maman superman, et je n’aspire plus à l’être. J’ai compris que mon bonheur passait par le respect de qui je suis et cela ne fait pas partie de moi.

Je suis une super-maman, parce que j’accepte de ne pas être une maman parfaite, et surtout parce que j’accepte de voir la réalité en face de temps à autre et de me réviser quand je ne suis pas sur la bonne traque. Je suis une super-maman,  parce que je choisis d’être aussi une femme, une épouse,  une amie, une fille et une sœur. Et par-dessus tout, je suis une super maman parce que j’aime mes enfants, de tout mon cœur.

Parce que, la meilleure version de moi, c’est celle qui me ressemble!

 

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